Alan Turing, l’homme dont le génie a écourté la guerre et l’homosexualité entraînée le suicide…

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Né le 23 juin 1912, Alan Mathison Turing – Mathématicien et cryptologue hors norme – fût décisif dans la victoire des alliés lors de la seconde guerre mondiale. Grâce au génie de Turing, « Enigma », le moteur de la communication des nazis réputé comme inviolable, put être décrypté et permettre la localisation des sous-marins allemands qui se délectaient à décimer les convois de ravitaillements des alliés.

Selon de nombreux historiens, sa contribution déterminante mit à mal la capacité de résistance du régime nazi au point de raccourcir la guerre de 2 ans et ainsi épargner la vie de 14 millions de personnes.

Lors des célébrations qui suivirent la victoire des alliés, le personnel de Bletchley Park recevra consigne de garder le secret sur toutes leurs activités en vertu du Secret Act. Ces héros – dont Turing fut le chef de file – resteront donc méconnus pendant plus d’un demi-siècle.

De 1945 à 1947, Turing travaille au National Physical Laboratory, situé à Teddington au Royaume-Uni. Fin 1945, après avoir lu le rapport Von Neumann qui décrit la structure générale d’un ordinateur, Turing discute des méthodes de programmation et rédige ce qui est sans doute le premier projet détaillé d’un ordinateur : « l’ACE » (Automatic Computing Engine). Toutefois, il ne parvient pas à s’entendre avec les ingénieurs électroniciens du « NPL » chargés de construire cette machine. Turing, trop individualiste pour être un organisateur ou un grand négociateur, préfère retourner à Cambridge en 1947 pour y suivre des cours de biologie.

En 1948, Turing, athlète de haut niveau, fut proche d’être qualifié pour les jeux olympiques en terminant 4ème au marathon de l’Association des athlètes amateurs (AAA Marathon). Blessé sérieusement à une jambe, il abandonne la compétition mais continuera néanmoins de courir quotidiennement pour son plaisir. Une habitude qui s’avère être sa principale source d’inspiration au niveau de ses recherches.

Toujours en 1948, Turing est appelé par Max Newman, inspiré comme lui par le rapport Von Neumann, à l’université de Manchester où Newman dirige le développement de l’un des premiers véritables ordinateurs, le Manchester Mark I, industrialisé par la firme Ferranti. Turing travaille alors à la programmation de cet ordinateur.

En 1949, lors de la conférence marquant l’inauguration de l’ « EDSAC » (l’Electronic Delay Storage Automatic Calculator était un ordinateur programmable qui pouvait effectuer 15 000 opérations mathématiques par minute) à Cambridge, Turing présente une nouvelle méthode de preuve de correction de programmes qui préfigure la « méthode de Floyd-Hoare ».

Continuant ses réflexions fondamentales qui réunissent science et philosophie, il rédige un article intitulé « Computing Machinery and Intelligence » (Mind, octobre 1950) qui explore le problème de l’intelligence artificielle. Il définit une épreuve – connue sous le nom de « test de Turing » – qui détermine si une machine est « consciente » ou non. Dans ce sens, Alan Turing fait le pari que « d’ici 50 ans, il n’y aura plus moyen de distinguer les réponses données par un homme ou un ordinateur, et ce sur n’importe quel sujet. » Le 21ème siècle, avec l’avènement du monde numérique, prouve qu’il était indéniablement un précurseur.

En mai 1952, Turing compose un programme de jeu d’échecs. Ne disposant pas d’un ordinateur assez puissant pour l’exécuter, il simule les calculs d’une machine qui met une demi-heure pour exécuter chaque coup. En 1997, soit 45 ans plus tard, Deep Blue, un superordinateur développé par « IBM » battra le Russe Garry Kasparov, champion du monde en titre. Turing, une fois de plus a vu juste.

En 1952, Turing s’est intéressé à l’analyse – une autre branche des mathématiques – en élaborant un modèle biomathématique de la morphogenèse, tant chez l’animal que chez le végétal. Il publie « The Chemical Basis of Morphogenesis » où il propose trois modèles de formes (Turing patterns). Dans les années 1990, des expériences de chimie viendront confirmer expérimentalement les modèles théoriques de Turing. Qu’aurait-il encore apporté à la science si son cheminement n’avait pas été stoppé net par un événement banal de la vie quotidienne qui dégénéra en buzz médiatique destructeur ?

Durant doute sa vie, Turing a toujours assumé son orientation sexuelle. Au point qu’il renonça à une promesse de mariage avec Joan Clarke, sa collègue et amie cryptologue qui travaillait avec lui à Bletchley Park. En effet, sous la pression des parents de celle-ci, Turing dans un premier temps avait accepté d’officialiser une liaison qui n’était que platonique. Mais tourmenté par la nature de ses sentiments profonds et par honnêteté morale, Alan Turing préféra faire son coming-out au grand Dam de son amie. Cette brutale révélation finit par être comprise par son amie qui sera toujours là pour le soutenir alors qu’il était publiquement ostracisé pour son homosexualité.

En 1952, sa maison de Manchester est cambriolée. Turing porte plainte notamment pour espérer récupérer la montre que lui avait laissé son père. Arrêté, le cambrioleur dénonce son complice qui lui avait indiqué l’affaire : Un ex-amant occasionnel de Turing. Ce dernier ne nie pas cette ancienne relation pensant que la police allait s’intéresser avant tout au délit dont il était la victime. Malheureusement Alan Turing se fourvoie puisque la Criminal Law Amendment Act (1885) – une sévère loi homophobe – va les inculper tous les deux d’« indécence manifeste et de perversion sexuelle ».

Le procès est médiatisé. Lors de ce dernier, Hugh Alexander tente de faire l’éloge de son confrère mais il lui est malheureusement impossible – compte tenu du Secret Act – de citer les titres de guerre qui auraient pu jouer en sa faveur. Dès lors, Turing se voit condamner à choisir entre l’incarcération ou le castration chimique qui vise à réduire sa libido. Il choisit le traitement médical mais ce dernier aura d’importants effets secondaires tels que la prise de poids, l’impuissance et la gynécomastie (développement des glandes mammaires chez l’homme) au point de déclencher des effets psychiques profondément déprimants.

Bien que sacré membre de la Royal Society en 1951, il se retrouve quelques mois plus tard exclu des plus grands projets scientifiques. Toutefois, en avril 1953, la « cure » se termine, ses effets s’estompent et Turing recommence à faire des projets de recherche lors de voyages en Europe, notamment en France et en Méditerranée.

Le 8 juin 1954, Turing est retrouvé mort dans son lit, avec une pomme croquée sur sa table de nuit. L’autopsie conclut à un suicide par empoisonnement au cyanure. Sa mère réfute cette hypothèse puisque Turing ne montrait aucun signe de dépression avant sa mort et avait noté des projets par écrit. Le moyen d’ingestion du poison aurait été cette pomme qu’il aurait croquée. D’ailleurs, une légende tenace y voit l’origine du logo de la firme Apple.

Certes, il avait l’habitude de faire des expériences chimiques et détenait du cyanure. Dès lors, il pouvait être imprudent dans ses expériences, goûtant par exemple des produits pour les identifier. Il aurait pu également inhaler accidentellement une dissolution cyanurée qu’il utilisait pour faire fondre de l’or. Est-ce une version plausible ?

Le Mystère reste entier mais une chose est certaine : Alan Turing est un génie, se comportait comme un Asperger, fut ostracisé et détruit par l’intolérance humaine. Il reste un héros qui a sauvé et changé le monde, à tout jamais.

JPL cm

Des films, de l'InfOld et des K7 ChOuettes.

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