Je vous la fais à l’envers

En préambule, je voudrais par avance vous prier de m’excuser pour les incohérences qui pourraient émailler cette chronique. Je la dicte avec Siri et si cette application Apple présente l’avantage de m’éviter de taper mon texte, elle a le petit désavantage de saisir tous les mots intelligibles autour de moi. Je profite du trajet en métro vers mon travail pour jeter les bases de mon papier et…

T’as l’air tendu, tu veux que je te branle ? 

Sorry, c’est Siri.

Ca vient de la grosse brune qui pue la clope et se colle à moi depuis trois stations à cette heure d’affluence. Je sens ses seins mous et dégringolant se frotter au bas de mon dos. Légère nausée…

 

Lorsque j’ai appris que ce numéro allait être consacré au masculinisme avec un titre dans le genre le « Masculinisme Masculinicide », ma testostérone n’a fait qu’un tour.

Certes, depuis un siècle, les hommes ont vu leurs droits progresser de manière indéniable dans le monde occidental. Certes, dans mon milieu, je vois bien que nous sommes beaucoup moins ennuyés qu’avant, beaucoup plus libres. Les femmes ont appris les paroles et la musique de la chanson du Masculinisme.

Mais elles ne la chantent pas pour autant.

Il suffit que je retourne à Créteil ou j’ai grandi ou dans le petit village du Sud Ouest ou j’ai une maison pour constater l’évidence : la condition de l’homme n’a pas progressé de manière équivalente partout. C’est ce qu’on ose exprimer qui a changé. Ce qui est pensé demeure bien souvent immuable.

 

T’es mignon, tu me la cales au fond ?

Ne pas regarder qui a dit ça, ça va l’encourager et je descends bientôt…

Attention ! Je n’ai rien contre les femmes. Mais si le masculinisme c’est lutter pour l’égalité des droits, l’égalité de traitement, le fait de ne plus être rabaissé, parfois victimisé, de pouvoir faire ses propres choix en fonction de ses aptitudes, ses désirs et non de son sexe. Alors oui, je suis masculiniste. Même si quelques uns d’entre nous revendiquent jusqu’au ridicule, confondant lutte pour l’égalité et lutte des classes.

 

Ellles n’ont qu’à vivre 24 heures dans notre peau ces femmes qui nous pensent ridicules.

Rien que ce matin, en sortant de chez moi, l’air salace de Madame Martin du 5eme :

Bonjour Monsieur Lilienfeld, Ca vous va mieux les lentilles…

A priori c’est gentil. Sauf que c’est la petite lumière dans le regard qui gâche tout. Parce que nous les hommes, on est devenu experts en sous-titre des étincelles du regard. Et là, en VF, ça donne « Je te boufferais bien la bite moi ». Beurk. Qu’elle commence par se faire détartrer les dents Madame Martin !

Je descends à la prochaine. Se lever. Avoir les fesses au niveau des yeux de la gamine assise sur le strapontin.

Humm un p’tit cul comme ça j’en ferais bien mon 4 heures. »

Effectivement elle est presqu’à l’âge ou on goûte encore.

 

Montparnasse. Changement. Trop long couloir.

Hey Mademoiseau, Mademoiseau ! T’as un zéro-six pour que je déguste ta saucisse ? 

Je suis rôdé maintenant. Je fais comme si j’entendais pas et je continue mon chemin.

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Hé vas-y, pourquoi tu réponds pas ? La vie de mon père t’es l’homme crevette toi, tout est bon sauf la tête ! 

J’enfile le silence comme j’enfile un manteau pour me protéger du froid. Se déplacer en ville c’est encaisser un continuum de petites humiliations, devenues banales à force de répétitions. Qui se règleraient par des distributions de claques libératrices si la science… C’est comme faire ses courses dans un centre commercial : en fond sonore, il y a cette musique nulle, supportable cinq minutes, puis irritante, obsédante, qui finit par faire mal à la tête et qui ne s’arrête jamais.

 

Assis depuis 3 stations. Ne pas croiser un regard de femme sinon elle va penser que c’est open bar. Il faut bien que je me lève pour descendre à la prochaine.

Hé m’sieur, enlève ton costard fais voir ton braquemart !

Avec plaisir la couleur de ton rouge à lèvres irait super bien avec celle de ma bite. » Pourquoi j’ai craqué ?! Ca l’a rendue dingue la meuf ! «

Comment tu me parles ?! T’as cru que t’étais Georges Clooney ? T’as les yeux qui crient vagin et après tu fais genre je suis puceau ? T’es tellement moche que je te laisserais juste me prendre en levrette ! Si je vois ta gueule, t’es québlo à l’entrée tellement je fais une vaginite ! »

Evidemment, comme d’habitude tout le monde se tait. Sauf une qui a osé «  C’est bon, laissez-le, il vous a rien demandé… » Du coup ma Don Juanne s’est tournée vers ma nouvelle amie : «  Va niquer ton père toi ! »

Et c’est parti en sucette. Ma nouvelle amie lui a mis son poing dans la gueule, la Don Juanne lui a retourné un coup de pied dans les seins et moi je suis descendu en tremblant comme une gouinasse.

Parce que on a beau dire, argumenter, raisonner, à la fin, la seule chose qui contient ces truies, c’est la peur d’être moins balèze que leur contradictrice et de s’en prendre plein la gueule. Et la science fait que… je ne serai jamais celui qui donne les coups. C’est pour ça que j’ai peur.

Je longe le quai, une clocharde se gratte l’entrejambe en éructant :

Hey connard ! Ca m’gratte la chatte, tu voudrais pas descendre avec ta jolie moustache ? »

Je vais me la raser ma jolie moustache ! Pas trop de masculinité. Ca énerve la femelle. Avant de partir le matin, je compte combien de boutons de ma chemise sont ouverts, je mets jamais de jeans trop fités pour éviter les « Tu bosserais pas chez ikea ? Parce que t’es vachement bien monté. » Ou alors, je mets un manteau qui cache.

 

Et pendant ce temps la, certaines femmes rêvent d’être harcelées parce que ça satisferait leur égo et leurs pulsions. Seulement elles oublient une chose : elles peuvent arrêter le harcèlement dès qu’elles en ont marre. Parce qu’il y aura toujours un moment ou elles pourront dire « Maintenant tu me lâches ou je t’en colle une. »

Parce qu’elles n’auraient pas peur de la réaction de la livreuse DHL qui se penche au dessus de mon comptoir d’accueil, avec son haleine immonde et ses aisselles putrides, si elles lui disaient : « Bouge de la, t’es une infection ambulante ».

Pas peur de se faire virer en envoyant chier la cliente qui repart en me glissant « Vous êtes vraiment une bombe Mademoiseau. Si vous savez pas ou exploser, y’a de la place dans ma culotte… » Ou celle qui, en remettant sa pièce d’identité dans son sac, sort une boite de capote et suinte : « Elles sont parfumées, tu veux me fourrer à quel goût ? 

C’est pour ça qu’elle ne réalisent pas que ce qui se joue, se résume en réalité à une seule chose : elles sont physiquement plus fortes que nous. Depuis la nuit des temps, c’était notre force qui dictait sa loi. Cette force qui nous permettait de les tirer par les cheveux du temps des cavernes. Cette force qui nous à permettait d’imposer notre manière de voir la monde, de les asservir elles, les plus faibles. Cette force qui nous a permis de transformer cet état de fait en coutumes et ces coutumes en lois. Ces lois qui permettaient de faire tourner le monde en fonction de nos intérêts et à nos intérêts de façonner la monde. Cette force que nous avons perdu lorsque la science a permis d’introduire un inhibiteur au moment de la grossesse et que depuis, nous naissons sans agressivité génétique, sans possibilité d’exploiter comme avant la puissance de nos muscles. La science est une vérole au service des femmes !

Je vais tellement te chevaucher que ta bite va comprendre ce que tu faisais à ton joystick quand t’étais gamin !

Promesse tentante de la livreuse DHL avant d’enfourcher son scooter.

 

Je profite des trois secondes de calme pour regarder le menu de la cantine aujourd’hui : moules marinières. Pas pour moi. Les sourires entendus de mes voisines de table, mon expertise en sous-titres… J’adore les fruits de mer mais il y a longtemps que je ne prends plus ni huitres ni moules dans un restaurant Depuis que cette blonde dégueulasse qui dinait à côté de nous en s’en foutant partout avait attendu que ma femme aille aux toilettes pour me glisser : « Tu me fais baver, et je parle pas de ma bouche… » Quand Sandrine est remontée, j’ai préféré ne pas cafter. Je la connais, elle aurait mis une tarte à la blonde et ça aurait fini au poste.

 

Depuis mon comptoir d’accueil, par la baie vitrée, je vois la mairie du XVème sur le trottoir d’en face. La trilogie Républicaine me nargue en son fronton : Liberté, Égalité, Sororité »

C’est quoi le masculin de sororité ? On n’est pas arrivés…

Publié dans le magasine Causeur N°26 Juillet/Aout 2015

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