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Au lendemain du massacre d’Orlando, la réaction publiée par Jean-Luc Mélenchon sur son blog, cette négation forcenée et répétée du réel, venant d’un homme brillant, cultivé comme lui m’est apparue, pour reprendre l’un de ses qualificatifs préférés, « infâme ».

« J’ai d’abord attendu de savoir qui revendiquait les meurtres d’Orlando. J’étais préoccupé de l’attribution à Daech, après que le père de l’assassin a démenti l’initiative religieuse, … »

La sagesse n’eut-elle pas été d’attendre encore un tout petit peu ?

Attendre la revendication de l’état Islamique lui-même par exemple ?

 

Monsieur Mélenchon qui n’est pas dupe de grand-chose sait bien que l’état islamique ne récupère pas les actes terroristes. Pas par esprit chevaleresque mais pour ne pas prendre le risque de perdre en crédibilité

Le Crash du vol d’EgyptAir du 19 Mai 2016 n’a jamais été revendiqué par l’Etat islamique qui aurait pu très facilement le faire, puisque jusqu’à il y a peu, le probabilité de retrouver les boites noires étaient infime. Mais de quoi auraient eu l’air les islamistes s’il s’était avéré finalement qu’ils s’étaient vantés ?

De même, Syed Rizwan Farook et son épouse Tashfeen Malik , le couple de San Bernardino qui a abattu 14 personnes et blessé 21 autres avant d’être tué le 2 décembre 2015 n’a été taxé que de « sympathisants » par l’état islamique.

Donc pour ce qui concerne Orlando, c’est ballot mais c’est bien l’état islamique.

« … tant j’ai d’angoisse que recommence une vague de haine des musulmans. « 

 

Quelle vague de haine des musulmans?

Les musulmans ne circulent-ils pas en sécurité ou ils veulent ?

Ne croise-t-on pas régulièrement dans les rues des femmes voilées, des hommes en kamis, le revers bien au dessus des chevilles puisque tout ce qui est en dessous est « dans le feu », sans que personne ne leur demande quoi que ce soit ?

Il est curieux qu’à chaque fois que les islamistes frappent, après les réprobations d’usages, en faisant tout de même généralement attention à ne pas prononcer de gros mots comme islamisme, vous vous inquiétiez avant tout de l’amalgame qui pourrait être fait.

Moi j’aurais plutôt tendance à m’inquiéter des victimes, de leurs proches, des futurs attentats qui pourraient viser les mêmes coupables désignés, les homosexuels, les juifs, les dessinateurs, les métalleux, bientôt les femmes impudiques… Vous non.

Pourtant, au lendemain de la mort de Rémi Fraisse, vous n’hésitiez pas à nommer les responsables :

« … trouver le ou les coupables de ce jet de grenade. Mais au-delà, les responsables sont à chercher du côté de ceux qui ont préféré utiliser la répression depuis plusieurs semaines… « ,

 

Comment se fait-il que votre première préoccupation n’ait pas été en ce temps-la, l’hostilité dont risquait de pâtir la police, l’amalgame qui risquait d’être fait entre une brebis galeuse et l’ensemble du corps qui exerce pourtant son métier paisiblement, de manière modérée ?

J’en suis d’autant plus étonné qu’il y a eu beaucoup plus de policiers blessés que de musulmans ces derniers temps.

Il est louable de vouloir anticiper d’éventuels drames que je serais le premier à dénoncer mais cela dédouane-t-il de s’occuper du réel ?

Au lendemain d’Halimi, de Merah de Nemouche, de l’Hypercacher, a-t-on vu des juifs agresser des Musulmans ?

Au lendemain de Charlie a-t-on vu des dessinateurs ou des fans de BD agresser des Musulmans ?

Alors quelle vague ?

D’après le bilan 2015 publié par la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Il y a eu un peu plus de 4000 actes ou menaces racistes recensés en France en 2015.

Les actes antisémites se sont maintenus à un niveau élevé (806 actes et menaces). Ils s’inscrivent toutefois en légère baisse sur l’année (-5%)

Les actes anti-musulmans ont triplé en 2015, avec 429 actes et menaces contre 133 en 2014.

Vous voyez Monsieur Mélenchon, cette haine fantasmée par vous est encore deux fois moins importante que celle qui ne vous inquiète pas. Et pour qu’elle recommence, il eut fallu qu’elle ait déjà commencé.

Plus encore, les Juifs, qui représentent moins de 1% de la population totale, sont la cible à eux seuls de 40% des actes racistes commis en France. Et tout ça alors que les actes antisémites sont en baisse de 5% par rapport à 2014.

Et je ne vous ai jamais lu vous « angoisser » pour ces vagues là, dont les chiffres sont criants et les morts récurrents. Je vous ai entendu communautariser les juifs en 2014:

« … La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays. »

Puis à propos de Gaza :« …Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. »

 

Ces amalgames honteux ne vous « angoissaient » donc-t-ils pas ? C’est curieux cette géométrie variable dans vos préoccupations humanitaires. D’autant plus curieux que votre immense culture historique ne vous laisse rien ignorer des images putrides que vous raviviez en choisissant ces mots.

« Puis rentrant en moi, je m’aperçus du contre-sens que je faisais. Ce n’est pas l’assassin qui donne son sens au crime, ce sont les victimes. Ils ont été tués parce qu’ils étaient homosexuels. »

 

Je vous le confirme Monsieur Mélenchon. Ils ont été tués parce qu’homosexuels. Ils ont été tués parce que l’homosexualité est passible de mort ou de prison dans la plupart des pays musulmans tandis que l’homophobie est d’usage dans tous.

Vous développez ensuite longuement une théorie, peut-être juste d’ailleurs, sur l’aspect psychanalytique de cet acte, en vous demandant si l’assassin ne tue pas une part de lui qu’il ne supporte pas.

Mais pas une fois dans votre écrit vous n’évoquez l’islam, ni même l’islamisme. Vous tentez de réduire cet acte à celui d’un fou homophobe parce que probablement homosexuel.

Vous n’arrivez pas à nommer le mal, bien trop préoccupé par votre électorat, que je crois aussi fantasmé que la vague que vous craignez.

Vous n’oubliez pas au passage d’effleurer le problème du port d’armes aux USA, comme si c’était le sujet ici, comme si les attentats commis en Europe l’avaient été avec des frondes et des boulettes en papier, mais vous n’arrivez décidément pas à prononcer les mots.

Une habitude chez vous. C’est ainsi que les attaques de synagogues de l’été 2014, à Paris et à Sarcelles aux cris de « Mort aux Juifs », étaient devenues « quelques excès » provenant de « quelques énergumènes ».

D’ailleurs un peu plus loin, vous écrivez : 

« On examinera les silences, les euphémisations, les contournements des verbes et des adjectifs. Combien de ceux-ci vont nier la nature du meurtre et son extrême connivence avec d’amples plaques de préjugés qui sous-tendent bien des continents de bonnes manières « 

 

Certes vous parlez de l’homophobie et moi de l’islamisme mais vous vous décrivez finalement beaucoup mieux que moi.

Bien que certain que vous n’en ayez pas l’usage, je me permets une petite suggestion qui devrait vous être utile la prochaine fois qu’un homosexuel sera pendu en Iran ou jeté du haut d’un mur par l’état islamique : continuez à ne pas prononcer les mots qui fâchent.

Accusez la gravité sans qui rien ne serait arrivé.

On ne se rend pas assez compte de la gravité de la gravité.

 

publié dans le Magazine Causeur n° 37 – Juillet/ Aout 2016

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