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Face à la vague provoquée par l’affaire Denise Bellepine, face à la demande d’Elisabeth Levy, aussi insistante que lorsqu’elle veut coucher, c’est bien volontiers que je lui cède ma place ce mois-ci pour une chronique apocryphe sur le sexisme.
C’est bien le minimum de faire preuve d’autant de fair-play qu’elle, qui me laisse écrire dans son journal des avis qu’elle ne partage pas, en lui cédant la parole sur ce sujet qui lui tient tellement aux ovaires.

Chronique apocryphe d’Elisabeth Levy

Je voudrais que nous nous réjouissions ensemble que le monde ait changé.
Qui, aujourd’hui, oserait encore déclarer qu’elle n’a pas les mêmes ambitions pour son fils que pour sa fille ?
C’est pourquoi, elle est très importante que des hommes participent à toutes nos instances.
Elle est inacceptable de nous priver de leur expertise.
Cependant, j’aimerais que cela se fasse paisiblement.
Car oui, je suis hoministe mais non, nous ne sommes pas en lutte.
Plus !
Ces temps du Mater Familias sont révolus.
Ils sont le XXe siècle qui a vu progresser de manière spectaculaire, et je m’en réjouis, la condition des hommes.
L’œil de Big Sister épiant chacune de nos gestes devient insupportable. Le néomasculinisme ferraille désormais contre une ennemie imaginaire. Contre la séduction, l’érotisme, la masculinité autrement dit contre la sexualité, ses délices et ses tourments.
Ces messieurs ont absolument besoin de sexistes pour exister. Quitte à les inventer.
Il est révolu le temps de la photo d’un homme nu chevauchant une vache pour nous donner envie de sacs à main de marque, enterrée la mode du porno chic nous vendant à travers une virilité triomphante, des parfums possiblement aphrodisiaques.
Alors que leur faut-elle de plus ?
Ce hashtag « #JamaisSansLui » est une insulte au bon sens. Cette chasse à la femme mal pensante devient intolérable.
Nous finirons par rejoindre le soir venu, non plus nos princes charmants mais des procureurs du tribunal de l’extase masculine, qui nous sommerons de procéder suivant la loi du genre, et nous condamnerons si nous n’y parvenons pas toujours.
Car à force de supposer tous les hommes victimes, on fini par considérer toutes les femmes comme un peu coupables.
Je déplorerais que nous arrivions à une émasculée conception des rapports femme-homme…

Ca continuait comme ça pendant deux pages.
Comme tous les mois, j’ai envoyé ma chronique et pour la deuxième fois en un an, Elisabeth m’a rappelé pour me dire : « Je suis pas convaincue, au bout d’un moment le procédé d’inversion devient lassant et en plus, je ne comprend pas ce que tu veux dire.»
Et elle a le toupet d’ajouter « Je suis désolée de te dire ça, si tu veux qu’on la publie comme ça, on la publie mais je ne suis pas convaincue. » !
Je reviendrai un jour sur le terrorisme intellectuel qui règne à Causeur…

Je m’explique donc : pour des raisons ethnologiques et linguistiques nous vivons dans une société patriarcale. Les us et coutumes, les pratiques professionnelles et même le vocabulaire le plus basique nous le prouve chaque jour. On l’apprend dès l’école primaire: « le masculin l’emporte sur le féminin ». Cette primauté s’est imposée au XVIIème siècle et a été justifiée ainsi: « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte » (Abbé Bouhours, 1675) ou encore: « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle » (Beauzée, grammairien, 1767 )
Le terme « homme » peut désigner un groupe d’êtres humains, quel que soit leur sexe. Ce qui est étymologiquement logique. Le mot homme vient du latin homo, qui signifiait « être humain ». L’homme de sexe masculin se disait « vir » (qui a évidemment donné viril).
Alors que ce sont les femmes qui contiennent les êtres à naitre, ce sont les hommes qui contiennent grammaticalement les femmes.
Je ne pense pas qu’il faille se battre pour changer cela. La langue française est belle, nous l’avons dans l’oreille et il est naturel que certains changements proposés nous semblent ridicules.
Je crois en revanche qu’il faut avoir conscience des conséquences incontournables de cet état de fait sur notre ressenti : des mœurs antiques ont conditionnés des choix de langage qui déterminent une norme qui façonne encore nos mœurs actuelles.
Les chiffres implacables de l’inégalité des salaires, de l’accès aux responsabilités et, encore plus aujourd’hui qu’il est malséant de ne pas être sensible à la cause des femmes, les « off », ces moments entre hommes ou la parole se libère, sont sans appel.
Oui il y a eu d’énormes progrès, non nous ne sommes pas à deux doigts de l’égalité.
C’était le sens de cette chronique apocryphe.
Je pensais qu’inverser simplement les valeurs le démontrerait.
Je pensais que se déclarer « matriote » en revendiquant notre devise nationale « Liberté, Egalité, Sororité » se suffirait à soi-même.
Et je me trompais.

Pour résumer mon propos de manière plus légère :

Pour les fan de Game of Thrones
Lorsque Lord Ramsay Bolton parvient à briser la personnalité de Theon Grejoy et à en faire son esclave, cette déchéance est marquée par le fait que l’ancien prince des Fer-nés est désormais désigné par tous (y compris par lui-même) sous le nom de « Schlingue »
Tous ceux qui ne l’ont connu que sous ce nom, auront forcément un a priori inconscient moins favorable, moins respectueux que s’il s’était appelé Prince ou Faigafatagueul.

Pour les croyants.
« Au commencement était le verbe »

Pour conclure ami lecteur ( euh… amie lectrice aussi hein…) amuse-toi à t’exprimer en utilisant les mots épicènes de la langue Française (épicène se dit d’un mot, désignant ou qualifiant un être animé, qui a la même forme au genre masculin et au genre féminin.)
Par exemple, les noms enfant, collègue et artiste, les adjectifs brave, agréable et magnifique, et les pronoms nous, sont tous épicènes.
Tu verras, c’est vite chiant. Mais très emblématiques de la manière dont on aborde la question.
Certains vont déclarer les mots épicènes asexués, exprimant par là un néo-puritanisme qui effraie les bonnes volontés et me rappelle furieusement les grenouilles de bénitier de mon enfance.
Personnellement je préfère les considérer comme bisexués.
C’est plus gay.

publié dans le Magazine Causeur n° 36 – JUIN 2016

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