Le droit s’est arrêté à Saint-Denis

 

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Pour fêter le mois d’avril, j’ai envie d’évoquer une sacrée blague et un sacré poisson: Monsieur Samuel Mayol.

Pour rappel, deux conflits empoisonnent la vie de l’IUT et de Mayol, son directeur, depuis 2012, l’un avec une association d’étudiants musulmane, l’autre avec un chef de département soupçonné d’avoir embauché des enseignants pour des vacations fictives.

Depuis, Samuel Mayol est victime d’une campagne d’intimidation allant crescendo. Un véritable expert du comique de répétition : 33 plaintes déposées, 2 cassages de gueule, 28 mois de tracasseries, une main courante de son université contre lui grosso modo pour mythomanie et islamophobie ( pourquoi pas une plainte d’ailleurs? Trop impliquant?) Puis une suspension de ses fonctions et l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre lui l’accusant grosso modo Et enfin l’accès aux locaux de l’université lui sera également interdit jusqu’à… nouvel ordre ; il collectionne les records.

Il a même eu un prix. Celui de la laïcité. Monsieur Manuel Valls, le Premier ministre, est venu en personne saluer son action lors de la remise du trophée.

Et il détient d’autres records, monsieur Mayol.

Il a, par exemple, réussi à faire en sorte que le président de l’université Paris‑XIII, Jean-Loup Salzmann, reste président alors qu’il n’est plus président.

Son mandat expirait le 14 mars 2016. Mais afin de pouvoir continuer son œuvre, monsieur Salzmann a réussi à se faire nommer « administrateur provisoire de l’université » jusqu’à l’élection d’un nouveau président. La personne à qui aurait dû échoir cette fonction l’ayant opportunément refusée. C’est alors que Jean-Loup, plutôt que de profiter d’un repos bien mérité, s’est dévoué pour la cause : en attendant le nouveau président, son successeur… ce sera lui.

Rien d’illégal d’ailleurs. Juste du moralement étonnant. Mais est-ce une surprise ?

Il avait tenté sans succès de faire changer les statuts de la Conférence des présidents d’université afin de pouvoir se représenter à sa présidence.

Raté.

Pas grave.

Intérimaire à la tête de Paris‑XIII, ça permet de voir venir…

Par mesure de précaution, le 11 mars 2016, monsieur Salzmann a cru devoir reconduire jusqu’à novembre 2016, « ou jusqu’à la fin des poursuites disciplinaires » engagées contre lui, la suspension des fonctions de monsieur Mayol et son interdiction d’accéder aux locaux de l’université.

Attention, loin de moi tout soupçon de vengeance ou d’acharnement. Notre Jean-Loup a fait valoir que « l’éloignement et la suspension » de M. Mayol étaient de nature « à favoriser la manifestation de la vérité ainsi que le bon déroulement d’investigations et de procédures en cours et à venir ».

Donc n’allez surtout pas croire que, comme un dictateur finissant, après avoir échoué à modifier la constitution, monsieur Salzmann s’accroche à son fauteuil et refuse de quitter ses fonctions afin de pouvoir continuer à peser de tout son poids de président d’université et de président de la CPU sur tous les acteurs du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Pourquoi le président de Paris‑XIII s’accroche-t-il autant à son trône ?

Parce que le rapport définitif de l’IGAENR (le corps d’inspection de l’Éducation nationale) sera déposé vers le 15 avril et que cette étrange pérennisation de son mandat lui permettrait d’exercer au mieux sa bénéfique influence ?

Serait-il possible qu’il craigne que les faits ne suffisent pas à lui donner raison ?

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Ce qui serait ennuyeux car il s’agit tout de même d’un dossier finalement suivi par plusieurs ministres et le président de la République en personne.

 

On comprend bien la rancœur de monsieur Salzmann, visiteur du soir de François Hollande depuis 2012 sur les questions qui relevaient à l’époque de madame Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, que l’on disait agacée de se faire court-circuiter ainsi.

Ce bâton de maréchal, couronnement d’une carrière, ce maroquin tant espéré qui ne pouvait lui échapper… lui a échappé. Il n’a été ni ministre ni secrétaire d’État et ne le sera jamais.

La vilaine affaire soulevée par Samuel Mayol a malencontreusement braqué sur lui un projecteur à la lumière suffisamment peu flatteuse pour qu’il soit écarté du poste convoité.

 

Que reste-t-il donc à notre presque ministre sinon tenter de transformer le soutien de Manuel Valls en un cadeau empoisonné ?

D’après L’Express, « selon un proche du chef de l’État, il le “harcèle avec cette histoire de l’IUT de Saint-Denis” pour obtenir un signe de soutien. “Mais cette affaire est pourrie de chez pourrie”, dit-on à l’Élysée ».

Pourrie de chez pourrie ? Pas bien ragoûtante, certes. Mais ne serait-ce pas là une occasion en or pour notre président de la République de nuire à un éternel rival ? Car s’il était possible de vaincre monsieur Mayol, ne serait-ce pas monsieur Valls que l’on atteindrait, ce dernier l’ayant courageusement soutenu en dépit des avis très réservés de ses collaborateurs ?

Et chaque coup du picador est appréciable pour fatiguer le taureau avant la confrontation finale.

Cette affaire de l’IUT de Saint-Denis serait-elle instrumentalisée pour nuire à Manuel Valls, qui a eu l’imprudence de se prononcer sous le règne de l’indécision et de la synthèse ?

Le point de rupture semble être une vision de la laïcité irréconciliable entre les laïques de Valls et ceux de Hollande et Bianco – qui préfèrent déclarer que les problèmes de laïcité n’existent pas dans les facs.

Jean-Louis Bianco qui, pour sa grande efficacité dans le combat pour la laïcité est remercié (vous apprécierez les différents sens du mot) et nommé conseiller spécial de Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer.

Lorsqu’on lit les qualifications des autres membres du cabinet de la ministre, telles que « conseiller scientifique pour les sciences de la vie et de la nature, du climat, de l’océan » ou encore « conseiller auprès de la ministre, croissance verte et bleue, Green Tech, stratégie et communication » mais aussi « conseiller biodiversité, eau, risques naturels, agriculture verte », on voit bien à quoi vont s’atteler ces différents collaborateurs.

Mais un conseiller spécial, c’est spécial non ?

Ça fait quoi de spécial un conseiller spécial ?

En quoi est-ce spécialement qualifié ?

Monsieur Mayol a la faiblesse de penser encore que l’État de droit n’est pas un vain mot.

J’aurais tendance à dire droit comme un Z.

 

publié dans le Magazine Causeur n° 34 – Avril 2016

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